À la fois pop punky et hip-hop, Curtis Waters cultive les opposés. Ce jeune américain d’origine népalaise explose les codes. Palpitant.

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Curtis Waters
Curtis Waters

Avec sa gaucherie touchante et son exceptionnel talent de compositeur interprète producteur, Curtis Waters est la sensation musicale du moment. Au cœur de l’été, ce musicien américain vient de poster sur YouTube un nouveau clip : The Feelings Tend To Stay The Same. Une ballade douce-amère, humble et dépouillée, aux accents soft rock, hip-hop, R&B et électro folk. Un régal.

Curtis Waters – The feelings tend to stay the same (Official Video)

Une savante composition hip-hop

Les guitares électro-acoustiques régissent l’harmonie particulière de ce nouveau titre. Une savante composition hip-hop, sous forme d’un beat électro lent et sophistiqué, sur lequel s’entrecroisent des samples de mélodie folk. Les motifs musicaux s’architecturent sur plusieurs niveaux pour s’employer avec raffinement.

Curtis Waters – la voix agrémentée d’un léger effet vocodeur – produit un phrasé retenu, presque timide. Sa diction, très choisie, est d’une pudeur touchante ; son débit, circonspect et mesuré. Cette performance vocale se situe à mille lieux du ton effronté très cool, relâché et tranchant, qu’il affectionnait sur Stunnin’, son précédent titre. Curtis se livre ici à une véritable élégie sentimentale envers un amour regretté, rencontré autrefois à l’université, disparu de sa vie depuis.

Curtis Waters
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Un hommage au cinéaste Wes Anderson

Les images de la vidéo nous plongent dans une plénitude pastorale à l’esthétique rétro pastel. Curtis, accompagné de quelques amis, y déambule gaiement sur l’herbe grasse de douces collines sépias. Canoë kayak, gilet de scout, cannes à pêche et grands rivages boisés… La direction artistique du clip rend ouvertement hommage au long métrage Moonrise Kingdom, petit chef-d’oeuvre du cinéaste américain Wes Anderson, sorti sur les écrans en 2012.

À 20 ans seulement, Abhinav Bastakoti — alias Curtis Waters — a, en quelque sorte, vécu partout. Né au Népal, élevé entre l’Inde et l’Allemagne, il aura passé toute son adolescence à Calgary au Canada. À 17 ans, il s’installe avec sa famille à Cary aux États-Unis, en Caroline du Nord. Le 27 mai dernier, il déclarait sur le site INDY Week : « Depuis le début, c’est comme ça : je fais une instru, je chante, j’écris les paroles, je rappe, je crée les visuels et je sors le tout dans la foulée. Rien de très compliqué en somme. »

Curtis Waters

Il fait tout lui-même de A à Z 

Comme bon nombre de ces jeunes artistes nés bien après l’explosion mondiale d’Internet, Curtis Waters est fondamentalement un « DIY » (Do It Yourself ou Faire tout soi-même de A à Z). En somme, sa musique ne se range dans aucun style en particulier, elle ne dépend d’aucune école, ne se revendique d’aucun maître. La liberté comme l’indépendance de ses contre-pieds créatifs n’en finissent plus de nous émerveiller.

Le musicien avait déjà frappé fort avec Stunnin’, son précédent clip, posté en mai dernier. L’univers glam geek du morceau avait rapidement fait le buzz sur TikTok, l’application d’échange de vidéos. La chanson avait totalisé sur cette plateforme 500 000 vues en moins d’une semaine. Aujourd’hui, sur Youtube, elle atteint les 12 millions de vues. Quel début !

Curtis Waters – Stunnin’ ft. Harm Franklin (Official Video) 

Un brûlot, entre gangsta rap et street punk

Curtis Waters affiche une jolie productivité, au rythme d’une vidéo par mois depuis mai 2020. System, son deuxième projet sorti en juin, fait quant à lui étalage d’une violence glaçante. Drôle de surprise ! « Je ne suis pas votre produit » ; « Merde à vous, bande de cochons ! » ; « À vendre son âme pour un bon prix » ; « Je suis sur le point de défoncer le système »… Avec ses paroles injurieuses et son ton dénonciateur, l’univers de ce deuxième projet se situe aux antipodes du précédent. Un brûlot terrible, entre la harangue du gangsta rap et l’incandescence du street punk. Un coup de tonnerre !

Curtis Waters – System (Official Lyric Video)

Sur des images brouillées, au travers de filtres vidéos aux couleurs hyper saturées, Curtis Waters, torse nu, assène punchline sur punchline, grimé en boxeur impitoyable. Une franche hostilité, dirigée tout droit contre les labels des grandes maisons de disque. Son message quelque peu anarchique est d’une contradiction magnifique : il hurle son besoin d’argent, de reconnaissance, mais rejette toute exploitation à grande échelle, notamment artistique.

Le premier album de Curtis Waters, Pity Party, devrait sortir fin 2020. Si l’on considère la rupture totale d’approche entre Stunnin’, System, et The Feelings Tend To Stay The Same –  dont les contrastes stylistiques confinent à la grandeur créative – l’opus à venir devrait être d’une richesse renversante.

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